Par Gesly Sinvilier
Le Révérend Jesse Jackson est décédé le 17 février 2026 à l’âge de 84 ans, laissant derrière lui l’empreinte profonde d’un militant infatigable des droits civiques, d’un leader religieux engagé et d’un acteur politique majeur de la scène américaine contemporaine. Figure emblématique de la lutte pour l’égalité raciale aux États-Unis, il aura consacré plus d’un demi-siècle à défendre la dignité humaine, la justice sociale et l’inclusion des communautés marginalisées, tout en développant un rayonnement international qui l’a conduit à s’intéresser activement au destin d’Haïti.
Né le 8 octobre 1941 à Greenville, en Caroline du Sud, dans un contexte marqué par la ségrégation raciale, Jesse Jackson s’engage très tôt dans le mouvement des droits civiques. Dans les années 1960, il rejoint l’entourage du Révérend Martin Luther King Jr. et collabore avec la Southern Christian Leadership Conference, participant aux grandes mobilisations pour l’égalité et le droit de vote. Après l’assassinat de King en 1968, Jackson choisit de poursuivre le combat en fondant Operation PUSH, organisation qui deviendra plus tard la Rainbow/PUSH Coalition, plateforme majeure de plaidoyer pour les droits économiques, politiques et sociaux des Afro-Américains et des minorités.
Sa trajectoire prend une dimension historique lorsqu’il se présente aux primaires démocrates à l’élection présidentielle de 1984, puis à nouveau en 1988. Ces candidatures font de lui l’un des premiers Afro-Américains à mener une campagne nationale d’envergure pour la magistrature suprême. S’il n’obtient pas l’investiture de son parti, son influence est considérable : il élargit la base électorale progressiste, mobilise les jeunes et les minorités, et contribue à ouvrir la voie à une nouvelle génération de responsables politiques, dont l’ancien président Barack Obama.
Au-delà des frontières américaines, Jesse Jackson développe une diplomatie parallèle fondée sur la médiation et la défense des peuples opprimés. Il intervient dans plusieurs crises internationales, négocie la libération de prisonniers et dénonce les injustices systémiques à travers le monde. Cette dimension internationale explique en partie l’attention particulière qu’il porte à Haïti, première république noire indépendante et symbole universel de résistance à l’oppression.
Ses liens avec Haïti se renforcent notamment après le séisme dévastateur du 12 janvier 2010. Jackson plaide alors pour une aide internationale structurée, durable et respectueuse de la souveraineté haïtienne. Par le biais de la Rainbow/PUSH Coalition, il encourage également les décideurs américains à inscrire Haïti parmi les priorités de la politique étrangère des États-Unis, insistant sur la nécessité d’un partenariat fondé sur le développement et non sur l’assistanat ponctuel.
Jesse Jackson s’est aussi distingué par sa défense des migrants et réfugiés haïtiens aux États-Unis. À plusieurs reprises, il a dénoncé les politiques qu’il jugeait discriminatoires à leur égard, appelant à un traitement plus humain et équitable. Pour lui, la question haïtienne ne relevait pas seulement de la géopolitique, mais d’un impératif moral : reconnaître la contribution historique d’Haïti à la liberté des peuples noirs et défendre la dignité de ses ressortissants.
Affaibli ces dernières années par une maladie neurodégénérative, il n’en demeure pas moins une conscience morale respectée jusqu’à la fin de sa vie. Son décès marque la disparition d’une génération de leaders issus directement du mouvement des droits civiques des années 1960, mais son héritage demeure vivant. Pour de nombreux militants, universitaires et responsables politiques, Jesse Jackson restera une figure prophétique, un pont entre la foi et l’action politique, entre la lutte nationale et la solidarité internationale.
À travers son engagement pour la justice raciale, son audace politique et son attachement à des causes comme celle d’Haïti, Jesse Jackson aura incarné une conviction simple et puissante : la dignité humaine n’a pas de frontière, et la solidarité est un devoir universel.
Gesly Sinvilier / Le Relief


