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La sécurité en suspens : la Police nationale haïtienne marque-t-elle un temps d’arrêt ?

Par Pierre Josué Agénor Cadet

Depuis le crapuleux assassinat du feu président Jovenel Moïse, plusieurs gouvernements de transition , ceux du Dr Ariel Henry, du CPT/Conille et du CPT/Fils-Aimé , ont échoué dans la première phase de leur mission : rétablir la sécurité nationale afin de créer les conditions nécessaires à la tenue d’un référendum constitutionnel et à l’organisation d’élections générales susceptibles de rétablir les institutions républicaines.

Pourtant, un vent d’espoir avait commencé à souffler au sein de la population, qui constatait la multiplication de la présence policière dans certaines artères de l’aire métropolitaine, ainsi que le lancement d’opérations dans des zones réputées de non-droit, peu avant le 7 février. Ces initiatives laissaient entrevoir une volonté manifeste de reconquête territoriale. Aujourd’hui, une question revient avec insistance dans l’opinion publique : où sont passées les différentes opérations qui suscitaient cet espoir ?

À la surprise générale, un arrêt apparent est observé depuis la fin du mandat des conseillers-présidents, le 7 février 2026. Pendant que l’insécurité poursuit sa progression dans l’aire métropolitaine , notamment à Delmas où les enlèvements contre rançon refont surface. D’autres signaux inquiétants se multiplient.

À Pétion-Ville, la mairie a suspendu les activités carnavalesques pour cause d’insécurité. Les routes nationales demeurent toujours bloquées en grande partie. De vastes portions du territoire, en particulier dans l’Ouest, le Centre et l’Artibonite, restent encore sous le contrôle de gangs armés. Des milliers de déplacés internes aspirent constamment à regagner leurs foyers, dans un climat d’incertitude et de peur.

Le paysage institutionnel, quant à lui, semble figé. La concentration du pouvoir entre les mains d’une autorité timidement contestée, soutenue par certains acteurs diplomatiques étrangers, alimente les interrogations sur la gouvernance actuelle et sur la capacité réelle de l’État à coordonner une réponse efficace à la crise sécuritaire. Cette situation donne l’impression d’un temps suspendu, comme si la dynamique politique était en attente d’un nouvel accord ou d’un compromis supplémentaire, pendant que la crise s’aggrave.

Cette paralysie apparente révèle un mal plus profond : la prédominance des luttes d’intérêts sur les priorités nationales. Tandis que certains acteurs politiques semblent davantage préoccupés par le partage du pouvoir, la population, elle, continue à subir les conséquences directes de l’insécurité. Ce décalage nourrit la méfiance citoyenne et accentue le sentiment d’abandon.

Malgré tout, la population haïtienne conserve une attente forte à l’égard de Police nationale d’Haïti, ce corps investi de la mission de protéger et de servir. L’espoir d’un rétablissement de l’ordre repose en grande partie sur sa capacité à reprendre l’initiative. Si la Police nationale semble aujourd’hui en mode pause, la question demeure entière : s’agit-il d’une stratégie réfléchie ou de la conséquence d’instructions politiques et institutionnelles ?

L’avenir immédiat de la sécurité en Haïti dépendra en grande partie de la réponse apportée à cette interrogation, ainsi que de la volonté des autorités de placer enfin la protection des citoyens au cœur de l’action publique.

Pierre Josué Agénor Cadet

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