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Ces attitudes politiques qui éloignent la jeunesse de l’engagement

Par Pierre Josué Agénor Cadet

Depuis plusieurs décennies, la société haïtienne observe avec attention le parcours de ses dirigeants politiques, avant, pendant et après l’exercice de leurs fonctions. Ces trajectoires individuelles ne sont pas sans impact sur la perception que la jeunesse se fait de la politique et du service public. Dans un pays confronté à de nombreux défis économiques, sociaux et institutionnels, les jeunes cherchent des repères, des modèles et des raisons d’espérer. Ils scrutent les comportements de ceux qui ont occupé des postes de responsabilité pour y trouver des signes de cohérence, de patriotisme et de fidélité aux intérêts nationaux.
Or, certaines attitudes récurrentes adoptées par d’anciens responsables politiques suscitent incompréhension et désillusion. Elles donnent parfois l’impression que la politique est davantage un moyen d’ascension personnelle qu’un véritable engagement au service de la collectivité. Cette perception peut décourager les jeunes de s’investir dans la vie publique, en renforçant l’idée que l’intérêt individuel prime sur le destin commun. Trois comportements en particulier méritent d’être examinés, car ils influencent fortement l’image de la politique auprès des nouvelles générations.
Première attitude : le va-et-vient opportuniste entre l’étranger et Haïti
On observe d’abord le cas de personnes vivant à l’étranger qui ne rentrent en Haïti qu’après leur nomination à un poste politique. Une fois leur mandat terminé, elles quittent presque automatiquement le pays pour rejoindre les membres de leur famille à l’étranger. Certains ne passent même pas régulièrement les week-ends ou les jours fériés en Haïti pendant l’exercice de leurs fonctions.
Cette attitude donne l’impression que la fonction publique est perçue comme une simple opportunité professionnelle, et non comme un engagement profond envers la nation. Pour les jeunes, cela envoie un message ambigu : servir l’État ne serait pas un acte d’enracinement et de responsabilité durable, mais une parenthèse temporaire dans une carrière personnelle tournée vers l’extérieur. Une telle perception affaiblit le sentiment d’appartenance nationale et l’idée de sacrifice au service du bien commun.
Deuxième attitude : l’exil volontaire définitif après le service de l’État
La deuxième attitude concerne ceux et celles qui vivent en Haïti mais qui, après avoir occupé un poste nominatif ou électif, choisissent de quitter définitivement le pays. Souvent, leurs ressources financières et leurs biens immobiliers se trouvent déjà à l’étranger.
Ce comportement soulève des questions éthiques et symboliques. Lorsqu’un ancien responsable public transfère sa vie et ses intérêts hors du pays qu’il a administré, cela peut être interprété comme un manque de confiance dans l’avenir national. Pour les jeunes, qui luttent quotidiennement pour construire leur avenir en Haïti, ce départ ressemble à un désaveu. Il suggère que même ceux qui ont dirigé les institutions ne croient pas suffisamment au potentiel du pays pour y investir leur propre futur.
Troisième attitude : le silence après l’expérience politique
La troisième attitude est celle de responsables qui, après leur parcours politique, restent en Haïti mais s’enferment dans le silence, comme s’ils n’existaient plus dans le débat public.
Or, l’expérience acquise au sommet de l’État constitue un capital précieux. En se retirant totalement de la vie intellectuelle et civique, ces anciens dirigeants privent la société ,et surtout la jeunesse , de conseils, de témoignages et d’analyses susceptibles d’éclairer l’avenir. Leur silence crée un vide : il empêche la transmission d’expérience et la formation d’une culture politique fondée sur la mémoire et la réflexion critique.

Ces attitudes contribuent à affaiblir la confiance des jeunes envers la politique. Pour raviver l’espoir et encourager l’engagement civique, il est essentiel que les anciens responsables incarnent la continuité, la responsabilité et la solidarité nationale. La jeunesse a besoin d’exemples montrant que le service de l’État est un engagement durable envers la société.

Pierre Josué Agénor Cadet

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