Réunie le 12 février 2026 à l’Hôtel Karibe, la Table Sectorielle sur la Sécurité (TSS) a évalué les progrès enregistrés par les forces nationales et dressé l’état d’avancement de la Force de Répression des Gangs (FRG), dans un climat sécuritaire toujours préoccupant.
Un processus engagé depuis 2024
La cinquième réunion de la TSS s’inscrit dans la continuité des travaux lancés en 2024. Le 2 septembre 2025, le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH-H) avait présenté les Actes de la première série de réunions et conférences de la TSS, fruit de quatre rencontres et conférences organisées entre décembre 2024 et juillet 2025.
Ces travaux avaient réuni les principaux acteurs du secteur : la Police nationale d’Haïti, les Forces armées d’Haïti, la Mission multinationale d’appui à la sécurité, appelée à devenir la Force de Répression des Gangs, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, les Nations Unies à travers le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), ainsi que l’Organisation des États américains.
Après l’adoption d’une feuille de route régionale en août 2025 et de résolutions onusiennes transformant la MMAS en FRG avec un mandat renforcé, la TSS a jugé nécessaire d’évaluer ce dispositif multi-acteurs à la lumière des recommandations formulées précédemment.
Une forte représentation institutionnelle
Autour de la table figuraient plusieurs responsables sécuritaires et représentants de la société civile, dont l’inspecteur général en chef de la PNH Frédéric Leconte, l’inspecteur général Frantz Termilus, le colonel des FAD’H Florexil Edwin, ainsi que Sébastien Comlan Hounhouedo pour le HCDH.
Des organisations de défense des droits humains membres de la TSS étaient également présentes, aux côtés de figures de la société civile, dont le cinéaste Arnold Antonin.
La PNH revendique des avancées opérationnelles
Au chapitre des progrès, la Police nationale a souligné une meilleure coordination entre le haut commandement et les unités engagées sur le terrain, notamment la Task Force et les FAD’H.
L’institution met en avant l’acquisition de nouveaux équipements, l’augmentation des effectifs dans le cadre du programme « P4.000 » qui vise à former 4 000 policiers en douze mois ainsi que l’intensification des opérations offensives.
La récupération et la consolidation de certaines zones stratégiques et infrastructures publiques figurent également parmi les résultats présentés. Le renforcement des capacités dans les départements et au niveau de la police frontalière a été évoqué comme un axe prioritaire.
Cependant, les responsables reconnaissent des limites structurelles : multiplication des facteurs criminogènes, faiblesse de la coordination globale et absence d’un véritable plan national de sécurité adossé à une politique publique cohérente.
La FRG : un mandat robuste sous surveillance des droits humains
Les discussions ont ensuite porté sur la mise en place de la Force de Répression des Gangs. Trois axes ont structuré les échanges : les avancées depuis l’adoption du mandat, les actions en cours et les perspectives.
La FRG devrait compter environ 5 500 personnels policiers et militaires, avec la capacité de mener des opérations autonomes fondées sur le renseignement et d’intervenir en urgence.
Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme a insisté sur l’intégration systématique des garanties en matière de droits humains dans le Concept of Operations (CONOPS). Deux dimensions ont été mises en avant :
La prévention, à travers la vérification des antécédents, la formation avant et après déploiement, l’intégration des normes dans la doctrine et la planification opérationnelle ;
La redevabilité, consistant à enquêter sur les violations éventuelles, identifier les responsabilités et appliquer les mesures nécessaires.
Des engagements financiers et des contributions en effectifs ont été évoqués lors de réunions internationales tenues en décembre 2025.
Les FAD’H en phase de remobilisation
Les Forces armées d’Haïti poursuivent leur appui à la PNH, notamment au sein de la Task Force. Cet accompagnement, tant opérationnel que matériel, aurait permis de reprendre et de consolider certaines zones stratégiques, dont Kenscoff.
L’institution compte actuellement environ 2 000 membres, avec une projection à 3 000 dans les sept prochains mois. Elle opère à partir de plusieurs bases, notamment le Grand Quartier Général, Clercine et Vertières, et participe à la sécurisation de bâtiments publics stratégiques ainsi qu’à des opérations de contrôle territorial à Kenscoff, Péligre, Malpasse et Marion.
Des obstacles persistants
Malgré les avancées évoquées, les participants ont souligné des freins majeurs : effondrement progressif du système de sécurité depuis la période post-Duvalier, absence de vision stratégique pérenne, adaptation parfois insuffisante de l’appui international, luttes politiques internes et tentatives de contrôle des institutions de sécurité.
Ces constats devront alimenter les travaux de la prochaine conférence de la TSS, prévue en mars. L’enjeu, selon les participants, est de dépasser la logique d’urgence pour bâtir une architecture de sécurité durable, capable de restaurer l’autorité de l’État et la confiance des citoyens.
La rédaction


