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HAÏTI, LE TEMPS D’UNE GOUVERNANCE DE MISSION

Par Evans PAUL

ENTRE L’EXCLUSION, L’ILLUSION ET LA CONFUSION, ACCOMPLISSONS LA MISSION DE LA RAISON POUR LE REDRESSEMENT NATIONAL

  1. Une crise multidimensionnelle sans précédent

Haïti traverse l’une des périodes les plus graves de son histoire contemporaine.
Depuis plus de cinq (5) ans, le pays s’enfonce dans une débâcle économique continue, caractérisée par :
• une récession quasi permanente ;
• une inflation galopante, qui érode le pouvoir d’achat et paupérise les familles ;
• un déficit structurel de la balance commerciale, accentuant la dépendance extérieure ;
• l’effondrement de l’investissement productif et la fuite massive des compétences.

À cette crise économique s’ajoute une insécurité généralisée, devenue un facteur majeur de destruction nationale. En l’espace de cinq ans, des milliers de morts ont été enregistrés, dont celui du président Jovenel Moïse, assassiné dans des conditions qui ont profondément ébranlé la République et mis en lumière la fragilité de l’État jusque dans ses plus hautes sphères.

Cette insécurité chronique a notamment entraîné :
• la décision de la plupart des compagnies aériennes internationales de suspendre leurs vols à l’aéroport international Toussaint-Louverture, dans la capitale ;
• un isolement progressif du pays sur la scène internationale ;
• la fermeture officielle de la frontière terrestre avec la République dominicaine, avec de lourdes conséquences économiques, sociales et humanitaires.

  1. Un État dysfonctionnel et des institutions en ruine

Sur le plan institutionnel, Haïti connaît une vacance démocratique prolongée :
• un Parlement dysfonctionnel depuis plus de cinq (5) ans ;
• une Présidence affaiblie, contestée ou inexistante ;
• des municipalités paralysées, réduites à de simples expressions administratives ;
• une Justice gravement affaiblie, avec des tribunaux détruits, déplacés ou rendus inopérants.

Des symboles majeurs de la République ont été attaqués, banalisés ou abandonnés :
• le Palais national, au Champ-de-Mars ;
• la Primature, au Bicentenaire ;
• le Palais de justice, au Bicentenaire ;
• plusieurs ministères et institutions publiques.

Parallèlement, des hôpitaux, des universités et des écoles de renom ont été incendiés, pillés, fermés ou contraints à la fuite.
Des entreprises, des commerces, des bibliothèques et même des cimetières ont été vandalisés, révélant une crise profonde du respect de la vie, de la mémoire collective et du savoir.

  1. Entre exclusion, illusion et confusion : une impasse nationale
    • L’exclusion alimente la frustration, la radicalisation et la violence.
    • L’illusion des solutions miracles retarde et empêche les décisions sérieuses.
    • La confusion des rôles, des transitions et des responsabilités compromet toute stabilité durable.

Dans ce contexte, la politique a trop souvent été réduite à une lutte de clans et de pouvoirs fantômes, au lieu d’être un instrument de service public, de régulation sociale et de construction nationale.

  1. Pourquoi une gouvernance de mission ?

Face à cette situation extrême, Haïti n’a pas besoin d’une transition supplémentaire sans cap ni crédibilité, mais d’un recadrage total, fondé sur une gouvernance de mission, structurée autour de neuf (9) axes prioritaires :
1. Un mandat clair, limité et orienté vers l’essentiel ;
2. Des priorités nationales non négociables ;
3. Une méthode rigoureuse, avec des objectifs mesurables et des résultats vérifiables ;
4. Un plan rationnel et coordonné pour éradiquer la violence et le banditisme ;
5. Une action ponctuelle, humaine et bienveillante en faveur des déplacés, notamment ceux vivant dans des camps de misère ;
6. Un appui financier et technique ciblé aux personnes dont les biens mobiliers, immobiliers ou les entreprises ont été détruits ;
7. Une Constitution adaptée, porteuse d’une vision moderne, fonctionnelle et équilibrée de l’État ;
8. Une compétition électorale crédible et bien planifiée, garantissant la souveraineté populaire et l’alternance démocratique ;
9. Une vaste campagne nationale de sensibilisation, favorisant l’engagement citoyen et la coresponsabilité collective.

Cette gouvernance doit s’articuler autour de quatre impératifs immédiats :

a) Rétablir la sécurité, condition de toute vie économique, sociale, éducative et démocratique.
b) Restaurer l’autorité de l’État comme bien commun, protecteur, impartial et crédible.
c) Relancer les fonctions vitales du pays : santé, éducation, justice et économie.
d) Rétablir la confiance nationale et internationale, par la cohérence, la responsabilité et la crédibilité de l’action publique.

  1. La raison comme boussole collective

La raison, ici, n’est ni arrogance, ni ingérence, ni improvisation.
Elle est sagesse, méthode, lucidité et responsabilité.

La passion sans raison engendre la pagaille.
La pagaille engendre le chaos.
Le chaos détruit la vie, le patrimoine et la dignité nationale.

La raison, au contraire, permet de :
• hiérarchiser les urgences ;
• pacifier les rapports sociaux ;
• transformer l’indignation en action bienveillante, structurée et durable pour le progrès.

Synthèse : le droit de vivre et d’espérer en Haïti

Haïti n’a plus le luxe de l’improvisation ni des divisions destructrices.
Le pays a besoin d’Actions pour le Bien Commun (ABC).
L’urgence d’un pacte de responsabilité nationale, fondé sur une mission collective de sauvetage, s’impose désormais comme un impératif historique.

Entre l’exclusion, l’illusion et la confusion,
accomplissons la mission de la raison.

Parce que le pays souffre trop.
Parce que c’est un devoir patriotique.
Et parce que le peuple haïtien mérite enfin la sécurité, l’ordre juste, une prospérité accessible et une espérance durable.

C’est possible, parce que c’est une question de survie collective.

CENTRE ABC
ACTION POUR LE BIEN COMMUN
Delmas, Haïti
Mercredi 11 février 2026

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