Par Jean Mapou
PORT-AU-PRINCE.— Dans un appel d’une rare gravité, la citoyenne et femme politique engagée Edmonde Supplice Beauzile lance un cri d’alarme en direction des consciences encore debout du pays. Refusant les alignements partisans et les calculs de circonstance, elle interpelle publiquement des figures qu’elle considère comme des repères moraux et intellectuels capables de contribuer au redressement d’Haïti, engluée depuis des décennies dans une crise multiforme.
Dans son message, Beauzile rappelle que le pays ne manque ni de compétences ni de femmes et d’hommes de valeur. «Haïti regorge d’éminentes personnalités qui ne se réclament d’aucune chapelle, d’aucun clan, d’aucune orthodoxie de circonstance», souligne-t-elle, tout en reconnaissant qu’aucune neutralité absolue n’existe. Mais, insiste-t-elle, certaines voix transcendent les intérêts étroits et portent encore une vision fondée sur l’attachement désintéressé à la patrie.
Assumant pleinement la portée politique et symbolique de sa démarche, elle cite nommément plusieurs personnalités issues des mondes intellectuel, religieux, culturel, économique et social, parmi lesquelles Arnold Antonin, Evelyne Moïse, Samuel Pierre, Paul Latortue, Mgr Gabriel Julmiste, Mgr Leroy Mesidor, Carole Bérotte, Jean-Marie Caidor, Eddy Étienne, Rudy Edme, Maxime Charles, Kesner Pharel, Patrick Pierre-Louis, Yannick Lahens, Guy Étienne, Joël Pressoir et Laënnec Hurbon. Une liste qu’elle précise non exhaustive, appelant d’autres citoyens conscients du péril national à élargir ce cercle et à multiplier les interpellations.
Mais l’appel se veut clair : il ne s’agit ni de créer une énième structure politique vouée à l’échec, ni de produire un document de plus destiné à rejoindre «l’archive des bonnes intentions mal appréciées». Edmonde Supplice Beauzile appelle plutôt à un rassemblement de responsabilité, capable d’aider les acteurs politiques, sociaux et économiques, souvent prisonniers d’une quête immédiate de pouvoir, à regarder enfin le malade en face.
Son diagnostic est sans concession: Haïti ne souffre pas d’un manque d’analyses, mais d’un refus collectif d’assumer les traitements nécessaires. Elle plaide pour l’émergence de voix capables d’imposer le temps du sursaut, le temps du renoncement aux intérêts particuliers et surtout le temps du courage civique. Un avertissement sévère accompagne cet appel: l’histoire, prévient-elle, ne pardonne pas aux élites qui observent l’effondrement de leur pays en spectatrices lucides mais immobiles.
Dans une métaphore lourde de sens, Edmonde Supplice Beauzile exhorte chacun à accepter, ne serait-ce qu’un instant, de s’effacer au profit du bien commun. Lorsque la maison brûle, le patriotisme commande que l’on abandonne les querelles de pièces pour sauver l’édifice tout entier, conclut-elle, donnant à son message la tonalité d’un ultime appel à la responsabilité collective.
Jean Mapou/ Le Relief


