Ing. Mathias Pierre
Ancien candidat à la présidentielle
Le chaos haïtien n’est plus seulement une crise conjoncturelle ; il est devenu un système. Un système où la volonté populaire a été progressivement écartée au profit d’arrangements entre élites politiques, économiques et sociales. Là où devraient se tenir des élections libres et honnêtes, se tiennent désormais des réunions feutrées dans des chambres d’hôtel, transformées en antichambres du pouvoir.
Depuis 2021, le pays vit au rythme des « transitions ». Cinq années d’un provisoire sans fin, où chaque accord présenté comme salvateur accouche d’une nouvelle impasse. Les institutions s’effritent, la confiance publique s’éteint, et la violence s’installe comme mode ordinaire de gouvernement. Pendant ce temps, ceux qui prétendent parler au nom de la nation négocient sa direction sans jamais lui demander son avis.
Cette confiscation de la souveraineté populaire est au cœur du drame haïtien. Aucune société ne peut se reconstruire lorsque le citoyen est réduit au rôle de spectateur. Aucune stabilité n’est possible lorsque le pouvoir naît de compromis opaques plutôt que des urnes. En remplaçant l’élection par la cooptation, on a remplacé la légitimité par la convenance.
La question n’est donc pas seulement sécuritaire ou humanitaire ; elle est fondamentalement politique. Qui a le droit de choisir les dirigeants d’Haïti ? Un cercle restreint réuni à huis clos, ou un peuple majeur, héritier d’une histoire de liberté ? Tant que cette interrogation ne sera pas tranchée en faveur du suffrage universel, chaque transition ne sera qu’un détour de plus vers le même abîme.
Cinq ans déjà. Et demain ? Combien de temps encore le pays acceptera-t-il que son destin se décide sans lui ? Haïti ne manque ni de ressources humaines ni de courage collectif. Ce qui lui manque, c’est le retour à une règle simple : le pouvoir doit procéder du peuple et n’appartenir qu’à lui.
Refuser cette évidence, c’est prolonger indéfiniment la nuit haïtienne.
L’accepter, c’est ouvrir enfin la voie à une véritable renaissance.


