Par Pierre Josué Agénor Cadet
À moins d’un mois et deux jours de l’échéance prévue par l’Accord du 3 avril 2024, le Conseil présidentiel de transition (CPT) se trouve au cœur d’une impasse politique majeure. Le mandat de ses neuf membres arrive officiellement à terme le 7 février 2026. Pourtant, en dépit de nombreuses réunions et consultations, aucune solution consensuelle ne se dessine pour assurer la continuité de l’État dans un cadre conforme à l’accord fondateur de la transition.
La » société civile » et la classe politique traditionnelle, longtemps associées dans la gestion du pouvoir depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, partagent aujourd’hui un constat : le CPT a échoué. Son bilan est entaché de scandales, d’atermoiements et d’une incapacité manifeste à répondre à l’urgence sécuritaire, institutionnelle et sociale. Toutefois, ces mêmes acteurs peinent à dépasser leurs divergences pour formuler une proposition commune et crédible.
Dans ce climat d’incertitude, les membres du CPT eux-mêmes, reconnaissant implicitement leurs limites, multiplient les scénarios visant à prolonger leur présence au pouvoir. Ils avancent l’argument selon lequel leur mission ne saurait prendre fin avec l’expiration de leur mandat, prévue le 7 février 2026. Une lecture contestée, y compris par la communauté internationale qui, tout en ayant contribué à l’installation du CPT, réclame désormais le respect strict de l’Accord du 3 avril et le départ des conseillers à l’échéance prévue.
Parallèlement, les propositions se succèdent, portées par des partis politiques et des organisations de la société civile : exécutif confié à un juge de la Cour de cassation assisté d’un Premier ministre, conseil présidentiel réduit, gouvernement de technocrates dits patriotes ou encore transition pilotée uniquement par un Premier ministre. Si ces options diffèrent dans leur forme, elles reposent toutes sur la même exigence : une transition brève et efficace, capable de produire des résultats là où le Premier ministre Ariel Henry, le CPT et ses deux gouvernements successifs ont échoué.
L’histoire haïtienne offre pourtant un précédent éclairant. En 1930, afin d’apaiser les tensions politiques et d’organiser des élections crédibles, un président provisoire consensuel avait été choisi en la personne de Louis Eugène Roy (1852-1937). Étranger aux luttes partisanes, élu à l’unanimité le 20 mars 1930 et entré en fonction le 15 mai, il avait su conduire la transition jusqu’à l’élection de Sténio Vincent, après quatre tours de scrutin.
Ce rappel historique souligne une vérité souvent négligée : dans les périodes de crise aiguë, la stabilité passe par la capacité des élites à privilégier l’intérêt général et à s’accorder sur des figures et des mécanismes de consensus.
À l’approche du 7 février 2026, Haïti se trouve une nouvelle fois à la croisée des chemins. L’enjeu n’est pas seulement institutionnel. Il est aussi moral et politique. Il s’agit de savoir si les acteurs nationaux sauront dépasser les calculs personnels pour faire de cette date une rupture avec l’échec chronique et le point de départ d’une espérance collective.
Pierre Josué Agénor Cadet


