Par Jean Wesley Pierre
Ce 12 janvier 2026 marque les 16 ans du séisme dévastateur de 2010 qui a détruit Port-au-Prince et tué entre 200 000 et 300 000 personnes. Chaque année, Haïti commémore cette tragédie, mais aujourd’hui, l’ancien président Jocelerme Privert a choisi de dépasser la simple commémoration en évoquant l’impasse politique qui paralyse le pays depuis des années.
Une douleur persistante, mais aussi une question sans réponse
Dans un communiqué, Jocelerme Privert a exprimé ses sympathies à la nation haïtienne, mais aussi soulevé une question qui reste sans réponse : qu’est-ce qui a changé depuis 2010 ? Si la mémoire du séisme est toujours vive, la politique haïtienne, elle, semble figée. En effet, la même impuissance gouvernementale qui a conduit à des milliers de morts lors de la catastrophe, semble perdurer à travers l’incapacité des dirigeants successifs à organiser des élections et à mettre en place des institutions solides.
Privert a rappelé que, selon l’article 92.1 de la Constitution haïtienne, ce 12 janvier aurait dû marquer l’ouverture de la première session ordinaire du Parlement. Mais aujourd’hui, cette cérémonie législative est éclipsée par une crise institutionnelle qui dure depuis des années, plongeant Haïti dans une paralysie politique profonde. En dépit des attentes démocratiques, aucun président n’a réussi à organiser des élections depuis 2016. L’ex-président a d’ailleurs souligné l’absurdité de la situation, où les gouvernements de transition successifs semblent plus préoccupés par leur maintien au pouvoir que par la mise en œuvre d’un processus électoral.
La crise politique : un frein à la reconstruction
La situation politique est d’autant plus préoccupante que la reconstruction du pays après le séisme de 2010 reste inachevée. En 16 ans, les infrastructures restent précaires et l’État semble impuissant face à la montée de l’insécurité et de la pauvreté. Privert a souligné que si Haïti a certes fait face à une tragédie en 2010, les défis d’aujourd’hui sont tout aussi dramatiques, notamment en matière de gouvernance. La gestion de l’après-séisme a été marquée par l’absence de politique publique cohérente, et les tentatives de reconstruction ont été freinées par des luttes politiques internes.
Privert a insisté sur le fait que, six ans après la dernière élection, la question de l’impunité et du manque de responsabilité des autorités demeure entière. Les gouvernements successifs, censés organiser les élections, se sont contentés de promesses non tenues. Cette situation a creusé un fossé entre les dirigeants et le peuple haïtien, qui continue de subir les conséquences d’une absence de leadership et d’une faiblesse institutionnelle.
Un pays en quête de renouveau
Aujourd’hui, Haïti se trouve à un carrefour historique. Comme en 2010, la population est toujours confrontée à des défis colossaux. Mais contrairement à la période du séisme, les autorités sont aujourd’hui responsables de la reconstruction politique du pays. Il est urgent que le pays sorte de la spirale des gouvernements intérimaires et renouvelle ses institutions. Si Haïti veut espérer un avenir prospère, il faudra non seulement reconstruire ses infrastructures physiques, mais aussi réparer son système politique.
Jean Wesley Pierre/ Le Relief


