Une ville est souvent dรฉcrite, racontรฉe, dรฉnoncรฉe. Plus rarement, elle entre en relation dโadresse. Dans PรTOPRENS, Jean Venel Cassรฉus ne place pas la ville devant lui ; il lui parle. ยซ Pรฒtoprens, pase pran m / Mโa pase chรจche w ยป. Lโรฉchange fonde la narration. Le chanteur et la capitale entrent dans un pacte : chacun porte lโautre.
Tirรฉe de l’album Pa gen mizik pase peyi m, paru en 2025, la chanson Pรฒtoprens progresse par stations, comme une marche urbaine : ๐๐๐๐ก๐๐ ๐๐ฬ๐๐ฬ, ๐๐๐๐๐ ๐พ๐๐๐, ๐๐ฬ๐ฆ๐ฬ ๐๐๐ ๐ฬ. Aucun dรฉcor pittoresque ; chaque lieu agit comme repรจre affectif. La ville circule dans la mรฉmoire avant dโapparaรฎtre dans lโespace. Le jour tombe, les trajets continuent, les montรฉes et descentes rythment la phrase. La capitale sโinscrit dans une expรฉrience corporelle.
La musique accompagne ce mouvement. La base compas tient la colonne vertรฉbrale. Par-dessus, la guitare introduit une tension flamenco, sรจche, presque plaintive. Les cuivres glissent en spirales salsa, invitant la foule imaginaire. Trois traditions, une seule respiration : la Caraรฏbe en conversation avec lโAtlantique latin. Rien dโornemental. La combinaison reproduit la rรฉalitรฉ sonore de Port-au-Prince, carrefour plutรดt que centre stable.
Le refrain fixe lโimage incontournable : ยซ ou se flanm yon flanbo, yon kat pwen kadino ยป. Le flambeau รฉclaire, dirige et transmet. La ville conserve ce que les archives ignorent : trajets quotidiens, achats de fresko, rรชves marchandรฉs au marchรฉ, courses en camionnette. ยซ Tout bwat sekrรจ ki san listwa ยป dรฉsigne ces mรฉmoires sans dossier administratif. Le Pรฒtoprens de Cassรฉus est un dรฉpรดt dโexpรฉriences anonymes.
Malgrรฉ tout, malgrรฉ nous, la ville est maternelle : ยซ yon manman ยป. Pas une abstraction patriotique. Une prรฉsence concrรจte, capable de porter sous la pluie, de partager la fatigue, de garder les secrets. La relation nโexclut ni douleur ni attachement. La chanson accueille les deux dans la mรชme phrase. Pleurer, tomber, repartir. La ville accompagne, jamais immobile.
Les couplets multiplient les dรฉplacements : monter, tourner, descendre, traverser. La narration refuse la fixitรฉ. Port-au-Prince apparaรฎt comme circulation permanente, corps collectif en mouvement. La mรฉlodie suit cette logique, tourne sans fermeture dรฉfinitive, relance chaque cadence. La capitale sโinscrit dans la durรฉe plutรดt que dans le paysage.
Dans lโoutro, les mots se rarรฉfient : ยซ Se ou ki la pou banm lebra ยป. Aprรจs les lieux et les souvenirs, reste la fonction affective : soutenir. La chanson garde la ville debout autant quโelle garde le chanteur.
PรTOPRENS de Jean Venel Cassรฉus est un chant-relais. Ni plainte ni cรฉlรฉbration naรฏve. Une รฉcriture qui marche avec la capitale, ร hauteur dโhomme, et qui confie ร la musique le soin de maintenir la lumiรจre pendant le trajet.
๐๐ต : ๐’๐๐๐๐ข๐ ๐๐ ๐๐๐ ๐๐๐ง๐๐ ๐๐๐ ๐ ๐๐๐ฆ๐ ๐ ๐๐ ๐ก ๐๐๐ ๐๐๐๐๐๐๐ ๐ ๐ข๐ ๐ก๐๐ข๐ก๐๐ ๐๐๐ ๐๐๐๐ก๐๐๐๐๐๐๐ ๐๐ ๐๐๐๐๐ (๐๐๐ข๐๐ข๐๐, ๐๐๐๐ก๐๐๐ฆ, ๐ท๐๐๐ง๐๐, ๐ด๐๐๐ง๐๐โฆ).
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