Hier, en parcourant les rรฉseaux sociaux, jโai croisรฉ une valse de publications de mรฉdias en ligne insinuant que lโambassadeur du Canada en Haรฏti, monsieur Andrรฉ Franรงois GIROUX, sโest adressรฉ aux membres du Conseil prรฉsidentiel de transition, en tant que doyen du corps diplomatique, ร lโoccasion de la cรฉrรฉmonie dโรฉchanges de vลux, sur un ton jugรฉ paternaliste, en leur rappelant leur mission ainsi que sa durรฉe. Ces posts mโont surpris. Au regard du contexte politique actuel et des dรฉbats rรฉcents relatifs ร lโingรฉrence internationale en Haรฏti impliquant cet ambassadeur, jโai pris lโinitiative de me procurer le discours dans son intรฉgralitรฉ. En voici mon analyse.
Le premier axe ร considรฉrer dans ce discours tient ร la reconnaissance explicite des avancรฉes institutionnelles portรฉes par le Conseil prรฉsidentiel de transition. Lโambassadeur inscrit son propos dans une logique dโรฉvaluation des actes posรฉs au cours de lโannรฉe 2025, prรฉsentรฉe comme un moment de dรฉcisions structurantes. La crรฉation des pรดles judiciaires spรฉcialisรฉs sur les crimes financiers et les crimes de masse occupe une place importante dans cette รฉvaluation. Elle est abordรฉe comme un tournant dans la capacitรฉ de lโรtat haรฏtien ร se doter dโoutils crรฉdibles de lutte contre lโimpunitรฉ, et comme un signal adressรฉ autant aux citoyens quโaux rรฉseaux de prรฉdation qui ont longtemps prospรฉrรฉ sur la faiblesse judiciaire. En soulignant lโadoption du dรฉcret du 21 avril, le discours confรจre ร cet acte une portรฉe politique claire. La transition y est dรฉcrite comme un espace dโaction et de choix engageants, et non comme une simple pรฉriode dโattente.
Cette valorisation du travail du CPT sโaccompagne dโune lecture lucide des rapports de force internes. Lโรฉvocation dโintรฉrรชts puissants opposรฉs ร ces rรฉformes introduit une dimension conflictuelle assumรฉe. Elle situe lโaction des autoritรฉs de transition dans un environnement oรน toute tentative de rรฉforme judiciaire se heurte ร des rรฉsistances profondes. Dans le langage diplomatique, cette reconnaissance vaut lรฉgitimation. Elle place les autoritรฉs face ร leurs responsabilitรฉs tout en reconnaissant le coรปt politique de leurs dรฉcisions.
La question sรฉcuritaire constitue le deuxiรจme axe structurant du discours. Elle est abordรฉe sous lโangle de la rรฉponse institutionnelle et internationale plutรดt que sous celui de lโรฉmotion. Lโaccent mis sur la rรฉsolution du Conseil de sรฉcuritรฉ relative ร la force de rรฉpression des gangs traduit une volontรฉ de marquer une inflexion stratรฉgique. Le texte insiste sur la clartรฉ du mandat, sur les moyens annoncรฉs et sur la mobilisation de partenaires multiples, notamment ร travers la confรฉrence du 9 dรฉcembre et les engagements de dix-huit entitรฉs. Cette mise en perspective vise ร dรฉmontrer que la crise sรฉcuritaire haรฏtienne a dรฉsormais atteint un niveau de prioritรฉ internationale qui appelle une rรฉponse coordonnรฉe et durable.
Dans le mรชme mouvement, le discours pose des conditions politiques prรฉcises. Lโengagement international est prรฉsentรฉ comme indissociable dโun effort accru des autoritรฉs haรฏtiennes dans la montรฉe en puissance des forces de sรฉcuritรฉ nationales et dans la lutte contre les trafics dโarmes et de drogue. La rรฉfรฉrence explicite aux douanes signale que lโinsรฉcuritรฉ ne tient pas uniquement ร la violence armรฉe visible, mais aussi aux circuits รฉconomiques et logistiques qui lโalimentent. Lโaffirmation selon laquelle le statu quo nโest pas une option donne au discours une valeur programmatique, signifiant que lโinaction institutionnelle est dรฉsormais perรงue comme un facteur aggravant de la crise.
Le troisiรจme axe du discours concerne lโhorizon politique de la transition, ร savoir le processus รฉlectoral. La salutation des efforts ayant conduit ร la finalisation et ร la publication du dรฉcret รฉlectoral sโinscrit dans une logique de consolidation des acquis. Elle traduit une attente claire de voir la transition dรฉboucher sur un retour ร lโordre constitutionnel. Le rappel du droit souverain du peuple haรฏtien ร choisir librement ses dirigeants est formulรฉ dans un registre mesurรฉ, sans injonction directe ni รฉchรฉancier imposรฉ. Cette prudence reflรจte une conscience aiguรซ des fragilitรฉs du contexte sรฉcuritaire et institutionnel dans lequel ce processus doit sโinscrire.
ร lโapproche de la fin du mandat du CPT, lโappel ร la continuitรฉ et ร la stabilitรฉ politique apparaรฎt comme un point de vigilance. Il met en tension la nรฉcessitรฉ de prรฉserver les avancรฉes rรฉalisรฉes et lโexigence de lรฉgitimitรฉ dรฉmocratique. Le discours suggรจre que toute rupture improvisรฉe risquerait de compromettre des acquis encore fragiles, alors mรชme que la mobilisation internationale demeure conditionnรฉe ร des rรฉsultats concrets et ร une trajectoire politique lisible.
Pris dans sa globalitรฉ, ร mon avis, le discours de Andrรฉ Franรงois GIROUX est plus structurant que polรฉmique. Il reconnaรฎt des progrรจs tangibles, identifie des nลuds critiques persistants et explicite les attentes de la communautรฉ internationale ร lโรฉgard des autoritรฉs haรฏtiennes.
18 dรฉcembre 2025
๐ฝ๐๐๐ ๐๐๐๐๐ ๐ถ๐๐ ๐ ๐ฬ๐ข๐ ๐๐ ๐ก ๐๐๐ข๐๐๐๐๐๐ ๐ก๐, ๐ก๐๐ก๐ข๐๐๐๐๐ ๐โ๐ข๐ ๐๐๐ ๐ก๐๐ ๐๐ ๐๐ฬ๐๐๐๐ ๐ ๐๐ก ๐ ๐ฬ๐๐ข๐๐๐ก๐ฬ ๐๐๐ ๐ด๐๐ฬ๐๐๐๐ข๐๐ . ๐ผ๐ ๐๐ ๐ก ๐๐๐ก๐๐๐๐๐๐ก ๐โ๐๐ข๐ก๐๐ข๐ ๐โ๐ข๐ ๐๐ข๐ฃ๐๐๐๐ ๐๐๐๐ ๐๐๐๐ฬ ๐ฬ ๐๐ ๐๐ฬ๐๐๐๐๐๐ก๐๐๐ข๐ ๐๐ข ๐ ๐๐๐๐ฬ, ๐๐๐ก๐๐ก๐ข๐๐ฬ ยซย ๐ด๐ข ๐๐๐ ๐๐ ๐ท๐๐๐ขย ยป


