Par Jean Venel Cassรฉus
Smith Augustin nโest pas un ami. Mais je le connais depuis la fin des annรฉes quatre-vingt-dix, au sein du Cercle Espace Gรฉnie de la Bibliothรจque Haรฏtienne des Pรจres du Saint-Esprit (BHPSE), sous le regard bienveillant de lโรฉcrivain Jean Euphel Milcรฉ. Nous nโavions pas encore vingt ans, Smith et moi.
Cโest par la poรฉsie que nos trajectoires se sont croisรฉes. ร cet รขge, Philoctรจte, Castera et quelques autres circulaient dรฉjร entre nous comme une langue commune. La littรฉrature nโรฉtait pas une posture. Elle structurait en nous une maniรจre de penser, de lire le monde, et de mesurer le poids des mots avant de les poser.
Les annรฉes ont passรฉ. Smith Augustin siรจge aujourdโhui au Conseil Prรฉsidentiel de Transition. Cette position sโinscrit dans une continuitรฉ. Sa relation ร lโรฉcriture nโa pas changรฉ. La lettre quโil adresse au coordonnateur du CPT ne relรจve pas de la communication politique ordinaire. Elle procรจde dโune langue tenue, attentive, qui refuse lโescalade verbale et lโexposition inutile. Elle va droit ร son objet.
Le processus est engagรฉ. Une majoritรฉ sโest constituรฉe. Une rรฉsolution a รฉtรฉ adoptรฉe. Elle porte sur le renvoi du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimรฉ. Smith Augustin appartient ร cette majoritรฉ. Il assume la dรฉcision prise. La sรฉquence est connue : il reste ร transmettre la rรฉsolution, sur ordre du coordonnateur, au journal officiel Le Moniteur.
Lโobjet principal de la lettre consiste ร conduire ce processus ร son terme dans un cadre maรฎtrisรฉ. Elle propose une rencontre interne afin de dรฉgager, entre les membres du Conseil, un accord minimal sur la maniรจre dโachever ce qui a dรฉjร รฉtรฉ dรฉcidรฉ. La formulation est explicite : ยซ celle-ci โ cette rencontre โ permettrait de chercher et de dรฉgager entre nous un consensus minimal sur les modalitรฉs de finalisation du processus engagรฉ par la majoritรฉ ยป. Rien, dans cette phrase, ne touche au fond de la dรฉcision. Tout concerne sa conclusion.
Cette prรฉcision constitue le cลur diplomatique du texte. La lettre affirme la rรฉsolution majoritaire tout en appelant ร une cohรฉrence interne au moment oรน lโacte politique sโapprรชte ร devenir acte juridique. Elle se situe dans cet intervalle sensible oรน un geste mal calibrรฉ peut durcir les positions et fragiliser lโinstitution davantage quโil ne la stabilise.
La qualitรฉ littรฉraire du texte tient ร cette retenue. Chaque phrase est contenue. Aucun mot nโest livrรฉ au hasard. Lโรฉcriture avance sans dramatisation, sans posture morale, sans surenchรจre. Elle suppose un lecteur attentif, capable dโentendre ce qui est dit sans quโil soit nรฉcessaire de le marteler.
Cette lettre nโest pas รฉcrite pour la surface. Elle nโest pas destinรฉe au vacarme. Elle appartient ร une langue rare dans la vie politique haรฏtienne contemporaine : une langue dโรtat, qui ne cherche pas ร triompher, mais ร conclure. Elle rappelle que le pouvoir ne sโexerce pas seulement dans la dรฉcision, mais dans la maniรจre dโen assumer lโaboutissement.
En ce sens, cette correspondance constitue un chef-dโลuvre discret. Littรฉraire par sa sobriรฉtรฉ et sa maรฎtrise du rythme. Diplomatique par sa capacitรฉ ร aligner une dรฉcision majoritaire avec une sortie institutionnelle ordonnรฉe. Elle dit peu. Elle dit exactement ce quโil faut. Et elle sโarrรชte lร .
Jean Venel Cassรฉus


