๐๐๐ ๐ฝ๐๐๐ ๐๐๐๐๐ ๐ถ๐๐ ๐ ๐ฬ๐ข๐
Les documents rรฉcemment rรฉvรฉlรฉs, quโil sโagisse de la lettre officielle du prรฉsident du CPT ou des รฉchanges diplomatiques transmis aux conseillers, exposent une crise institutionnelle dโune rare intensitรฉ. Lโensemble dessine un paysage politique oรน la transition se trouve prise dans un double รฉtau. Dโun cรดtรฉ, des tensions internes autour du Premier ministre. De lโautre, des interventions diplomatiques qui franchissent les limites habituelles du dialogue entre รtats. Ce croisement de pressions crรฉe une situation qui exige une lecture lucide, dรฉpourvue dโaffects partisans.
La lettre de Laurent Saint-Cyr, datรฉe du 26 novembre 2025, se prรฉsente comme un appel ร la responsabilitรฉ nationale. Elle insiste sur la fragilitรฉ du contexte, sur lโimportance de la collรฉgialitรฉ et sur les risques que ferait courir toute entreprise visant ร modifier lโรฉquilibre actuel ร la tรชte du gouvernement. Pourtant, ce texte soulรจve plusieurs interrogations. Le prรฉsident du CPT cherche ร affirmer sa neutralitรฉ alors mรชme quโil signale publiquement son opposition ร la perspective de rรฉvocation. Il รฉvoque lโintรฉrรชt supรฉrieur de la Nation pour appuyer son argumentation, mais cette invocation tend ร confondre la dรฉfense de la stabilitรฉ avec une prise de position qui influe sur un dรฉbat interne au Conseil. La ligne entre un rappel institutionnel et une orientation politique sโy brouille, ce qui affaiblit la prรฉtention ร incarner un rรดle รฉquidistant.
La structure argumentative de la lettre repose sur un registre trรจs solennel. Les notions de sagesse, dโunitรฉ et de sens du devoir sont mobilisรฉes pour cadrer la contestation de certains conseillers comme une menace directe pour le pays. Ce choix stylistique donne au texte une dimension morale qui peut occulter le fait que des dรฉsaccords internes, mรชme vifs, font partie intรฉgrante dโune transition politique. La dynamique du Conseil ne peut fonctionner sans dรฉbats rรฉels et sans la possibilitรฉ dโinterroger lโaction du Premier ministre. Une telle rรฉalitรฉ, pourtant essentielle, apparaรฎt en retrait dans la lettre, comme si toute divergence risquait de perturber la cohรฉrence du dispositif institutionnel.
Les messages diplomatiques, quant ร eux, introduisent un รฉlรฉment encore plus prรฉoccupant. Des reprรฉsentants รฉtrangers sโadressent directement aux conseillers, formulent des avertissements et รฉvoquent des mesures telles que la rรฉvocation de visas ou lโinscription de responsables haรฏtiens sur des listes sensibles. Leur tonalitรฉ se rapproche de lโinstruction plus que de la consultation. Ils qualifient certaines initiatives internes de menace pour leurs relations bilatรฉrales et tentent dโinfluencer lโissue dโun dรฉbat qui relรจve du seul cadre haรฏtien. Ce type dโintervention rรฉvรจle une asymรฉtrie profonde. La diplomatie y adopte une posture de contrรดle qui questionne la marge rรฉelle dโautonomie du CPT au moment oรน se joue une dรฉcision majeure.
Ce climat produit une tension structurelle. Le prรฉsident du CPT revendique une autoritรฉ morale pour dรฉfendre lโunitรฉ, tandis que des ambassades utilisent des leviers de pression pour empรชcher une dรฉcision interne. Les deux approches invoquent la stabilitรฉ du pays, mais elles convergent dans un mรชme mouvement : rรฉduire lโespace de dรฉlibรฉration autonome du Conseil. Les diplomates prรฉtendent รฉviter un effondrement institutionnel, mais leurs mรฉthodes introduisent un risque diffรฉrent, celui dโun affaiblissement durable de la souverainetรฉ politique. Le prรฉsident du CPT appelle ร la sรฉrรฉnitรฉ, mais son texte prรฉsente la contestation interne comme une menace quasi existentielle, ce qui relativise la possibilitรฉ dโun dรฉbat lรฉgitime.
Lโรฉpisode rappelle que la souverainetรฉ nโest pas une abstraction juridique. Elle se manifeste dans la capacitรฉ dโune institution ร exercer son jugement sans craindre une sanction extรฉrieure ou une condamnation interne dรฉguisรฉe en impรฉratif moral. Les rรฉactions publiques autour du Premier ministre rรฉvรจlent que cette capacitรฉ reste fragile. Elles montrent รฉgalement que la transition, pour remplir sa mission, doit garantir un espace oรน chaque dรฉcision peut รชtre examinรฉe, discutรฉe, soutenue ou contestรฉe sans intervention extรฉrieure ou encadrement excessif du discours institutionnel.
Le moment prรฉsent impose une exigence particuliรจre : permettre au Conseil de travailler sans รชtre pris au piรจge dโune double pression. Les dรฉbats internes ne doivent pas รชtre assimilรฉs ร une menace contre lโรtat, tandis que les partenaires รฉtrangers ne peuvent se substituer aux mรฉcanismes de dรฉcision haรฏtiens. Lโenjeu dรฉpasse la controverse autour du Premier ministre. Il concerne lโautoritรฉ rรฉelle des institutions chargรฉes de conduire le pays vers les รฉlections et de restaurer un ordre dรฉmocratique capable de rรฉsister aux influences qui entourent cette transition.
27 novembre 2025


