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𝐋𝐀 𝐒𝐀𝐋𝐈𝐍𝐄

𝐿𝑒 𝑑𝑖𝑎𝑏𝑙𝑒 𝑒𝑠𝑡 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑠𝑒𝑠 𝑦𝑒𝑢𝑥
𝐸𝑡 𝐷𝑖𝑒𝑢
𝐷𝑎𝑛𝑠 𝑠𝑜𝑛 𝑠𝑜𝑢𝑟𝑖𝑟𝑒
𝐷𝑒 𝑡𝑜𝑢𝑡 𝑚𝑜𝑛 𝑒̂𝑡𝑟𝑒 𝑐𝑎𝑟𝑡𝑒́𝑠𝑖𝑒𝑛
𝐸𝑛𝑡𝑟𝑒 𝑙𝑒 𝑑𝑖𝑎𝑏𝑙𝑒 𝑒𝑡 𝑙𝑒 𝑏𝑜𝑛 𝐷𝑖𝑒𝑢
𝐴𝑢 𝑑𝑖𝑎𝑏𝑙𝑒 𝑚𝑎 𝑟𝑎𝑖𝑠𝑜𝑛
𝑃𝑎𝑟 𝑑𝑒𝑣𝑎𝑛𝑡 𝑚𝑎 𝑝𝑎𝑠𝑠𝑖𝑜𝑛
𝐷𝑒 𝑓𝑎𝑖𝑟𝑒 𝑐ℎ𝑎𝑖𝑟 𝑎̀ 𝑚𝑎 𝑡𝑒𝑟𝑟𝑒.

𝑃𝑎𝑟𝑡𝑜𝑢𝑡 𝑜𝑢̀ 𝑗𝑒 𝑚𝑒 𝑡𝑒𝑟𝑟𝑒
𝑆𝑎 𝑣𝑜𝑖𝑥 𝑒𝑠𝑡 𝑚𝑎 𝑑𝑒𝑚𝑒𝑢𝑟𝑒
𝑃𝑎𝑟𝑡𝑜𝑢𝑡 𝑜𝑢̀ 𝑗𝑒 𝑚’𝑒𝑥𝑖𝑙𝑒
𝐷𝑎𝑛𝑠 𝑚𝑜𝑛 𝑐œ𝑢𝑟 𝑏𝑎𝑡 𝑚𝑜𝑛 𝑖̂𝑙𝑒.

𝑄𝑢𝑎𝑛𝑑 𝑖𝑙 𝑝𝑙𝑒𝑢𝑟𝑒 𝑚𝑜𝑛 𝑝𝑎𝑦𝑠
𝑀𝑒𝑠 𝑠𝑒𝑛𝑠 𝑖𝑛𝑜𝑛𝑑𝑒𝑛𝑡 𝑚𝑎 𝑠𝑐𝑖𝑒𝑛𝑐𝑒
𝑀𝑜𝑛 𝑎̂𝑚𝑒 𝑒𝑠𝑡 𝑠𝑎𝑖𝑛𝑡-𝑠𝑜𝑙𝑒𝑖𝑙
𝑃𝑒𝑢 𝑖𝑚𝑝𝑜𝑟𝑡𝑒 𝑜𝑢̀ 𝑖𝑙 𝑛𝑒𝑖𝑔𝑒.

Dans 𝐋𝐀 𝐒𝐀𝐋𝐈𝐍𝐄, extrait de 𝐶’𝑒𝑠𝑡 𝑑’𝑢𝑛𝑒 𝑟𝑢𝑒𝑙𝑙𝑒 𝑞𝑢𝑒 𝑛𝑎𝑖̂𝑡 𝑙’𝑎𝑚𝑜𝑢𝑟 (2024), Jean Venel Casséus propose un poème bref par l’étendue, mais ample par la densité symbolique. Le texte s’inscrit dans une tradition antillaise où la parole poétique reconstruit un territoire intérieur à partir de la mémoire, de la perte et du déplacement. Ici, l’exil n’apparaît jamais comme une donnée administrative ou géographique ; il correspond à une condition existentielle. Le sujet lyrique ne quitte pas un lieu : il se partage entre la raison et la passion, entre le regard et le sourire, entre Dieu et le diable, autrement dit entre ordre et vitalité.

« Le diable est dans ses yeux / Et Dieu / Dans son sourire ». Dès l’ouverture, Casséus installe une anthropologie créole du monde. La dualité n’appartient pas au manichéisme occidental. Elle évoque la coexistence des forces dans les cosmologies afro-caribéennes où la lumière contient l’ombre. La personne aimée ou la terre aimée, car l’ambiguïté demeure volontaire, prend la forme d’un espace sacré où les contraires s’accordent. Cette tension traverse tout le poème : la rationalité cartésienne s’y avoue vaincue par une connaissance incarnée, presque tellurique. « Au diable ma raison / Par devant ma passion / De faire chair à ma terre ». La formule marque un basculement : la terre quitte la géographie pour entrer dans le corps.

Le texte avance alors vers une intériorisation continue. L’espace extérieur s’efface au profit d’un espace affectif. « Partout où je me terre / Sa voix est ma demeure ». L’habitat perd sa matérialité et passe dans le sonore. La voix remplace la maison. Cette substitution correspond à l’expérience diasporique : la continuité culturelle survit à la discontinuité spatiale.

La mention « Mon âme est saint-soleil » introduit la clé esthétique du poème. Casséus convoque implicitement le mouvement pictural haïtien Saint-Soleil, fondé dans les années 1970 par Tiga (Jean-Claude Garoute), Levoy Exil et leurs compagnons. Ce courant refusait la perspective occidentale et privilégiait la spontanéité visionnaire, la peinture comme surgissement intérieur plutôt que représentation mimétique. Les figures y obéissaient aux pulsations du monde invisible. Dire « mon âme est saint-soleil » revient à inscrire l’identité dans l’apparition plutôt que dans la biographie. L’âme prend la forme d’une surface traversée par la mémoire collective, les héritages et les présences invisibles du pays.

La nostalgie sert alors d’énergie créatrice. « Quand il pleure mon pays / Mes sens inondent ma science ». La connaissance intellectuelle cède devant la sensation. Le poète adopte la même épistémologie que la peinture Saint-Soleil : la vérité surgit avant l’explication.

Le dernier vers « Peu importe où il neige » opère la fermeture symbolique du texte. La neige, image de l’ailleurs nordique, n’efface pas l’île ; elle accentue sa présence intérieure. L’éloignement climatique confirme l’appartenance. La Saline cesse d’être quartier ou souvenir : principe d’organisation intime.

Le poème s’offre ainsi comme autoportrait indirect : non le récit d’une vie, mais la description d’une structure intérieure façonnée par Haïti. Casséus rejoint la tradition d’une littérature caribéenne où le sujet existe à travers la relation au lieu natal, de Césaire à Glissant, et la reformule par une esthétique plastique. La mémoire correspond ici à une toile Saint-Soleil : saturée, vibrante, indisciplinée, habitée.

Dans La Saline, l’exil n’efface pas la terre ; il la déplace vers l’homme. Le pays passe du dehors au dedans. L’île prend rang d’organe vital. Elle bat. Et parce qu’elle bat, le poème respire.


17 février 2026

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