๐๐๐ง ๐ ๐๐๐ฃ ๐๐๐ฃ๐๐ก ๐พ๐๐จ๐จรฉus
Jโose me permettre dโemprunter les lunettes de Gabriel Garcรญa Mรกrquez pour lire entre les lignes la magie du rรฉel politique haรฏtien.
Il รฉtait une fois, en 2006, Renรฉ Prรฉval. Par lโaddition mรฉcanique des votes blancs, lโhomme accรฉda ร la magistrature suprรชme ร la faveur dโune opรฉration arithmรฉtique travestie en choix national, sans expression politique lisible ni cohรฉrence programmatique assumรฉe. Lโรฉlection prit alors lโallure dโun exercice de validation technique plutรดt que celle dโune dรฉcision portรฉe par un corps citoyen conscient de lui-mรชme.
Il รฉtait une autre fois, en 2011, Michel Joseph Martelly. Par la grรขce dโune parole blanche, hilarante en surface, menaรงante en profondeur, lโartiste fut promu prรฉsident. La scรจne รฉlectorale conserva ses formes rรฉglementaires, ses urnes et ses bulletins, tandis que lโessentiel se jouait ailleurs, dans un espace impermรฉable ร la dรฉlibรฉration populaire.
Depuis lors, le scรฉnario sโaffine. Les รฉlections cessent dโoccuper la place dโun moment souverain pour sโinstaller dans un registre thรฉรขtral. Les dรฉcors changent, les acteurs se renouvellent partiellement, le texte demeure inchangรฉ. Le public assiste ร la reprรฉsentation, sans jamais accรฉder ร la rรฉgie.
Nous sommes en fรฉvrier. Lโannรฉe รฉlectorale sโouvre officiellement. Le calendrier circule, les communiquรฉs sโalignent, les observateurs internationaux ajustent leurs agendas. Dans lโespace public, une agitation maรฎtrisรฉe prend forme. On parle dโinscriptions, de logistique, de sรฉcuritรฉ, de financement. La technique occupe tout lโespace, la politique reste en coulisses.
Trรจs tรดt, les candidatures prolifรจrent. Anciens ministres recyclรฉs, figures mรฉdiatiques en quรชte de reconversion, notables rรฉgionaux propulsรฉs par des rรฉseaux opaques, outsiders fabriquรฉs ร la hรขte. Trente-neuf noms รฉmergent, bientรดt validรฉs, imprimรฉs, distribuรฉs. La pluralitรฉ remplit la page, sans produire de ligne de force. Aucun rรฉcit collectif ne traverse cette offre รฉlectorale fragmentรฉe. Aucun projet national nโen constitue lโaxe.
Pendant ce temps, ailleurs, dans les chancelleries et les grandes organisations internationales, le travail sรฉrieux sโeffectue. Discrรจtement. Sans affiches, sans promesses publiques. Des discussions sโenchaรฎnent, des รฉquilibres se nรฉgocient, des profils se comparent. Il ne sโagit pas de choisir un prรฉsident, mais de dรฉsigner une solution acceptable. Stable. Prรฉvisible. Compatible.
ร mesure que lโannรฉe avance, certains candidats parlent plus fort. Ils sillonnent le pays, occupent les plateaux, saturent les rรฉseaux. Leur visibilitรฉ augmente, leur centralitรฉ mรฉdiatique sโimpose. Le peuple observe cette agitation.
En septembre, une rumeur circule. Puis une autre. Des noms disparaissent de lโespace public. Dโautres surgissent sans campagne visible. Les discours se resserrent, les financements se dรฉplacent, les soutiens se recomposent. La liste officielle reste inchangรฉe. Trente-neuf candidats demeurent en lice.
ร lโapproche du scrutin, le climat se tend sans se politiser. On parle de sรฉcuritรฉ, de participation, de crรฉdibilitรฉ. Le jour venu, les รฉlecteurs se dรฉplacent. Certains par devoir. Dโautres par habitude. Beaucoup par rรฉsignation. Les urnes se remplissent lentement. Les chiffres tombent. Les commentaires sโenchaรฎnent. Puis, le Conseil รฉlectoral proclame un vainqueur. Cโest lโรฉlection dโun Jean, dโune Mariette ou dโun Cรฉlandier.
Surprise. Lโinternational conteste. Les laquais nationaux reprennent lโargumentaire. Aucun des trente-neuf candidats figurant sur le bulletin officiellement soumis aux votants ne correspond, selon leurs observations, au rรฉsultat proclamรฉ. Aucun.
Lโheureux รฉlu, dโaprรจs leurs chiffres, porte un autre numรฉro. Le cinquante-quatriรจme (54แต).
Oรน se trouvait-il ? Dโoรน venait-il ? La question nโappelle pas de rรฉponse. Le fait sโimpose. Cโest lui. Les observateurs saluent le processus. Les chancelleries fรฉlicitent. Le rideau tombe.
Et pause. Une autre horloge. Il est dรฉjร temps, pour les acteurs de premier plan, dโรฉgrener les mots attendus : maturitรฉ politique, ordre dรฉmocratique, responsabilitรฉ collective, stabilitรฉ rรฉgionale.
Le peuple, lui, reste ร sa place. Prรฉsent sur la scรจne, absent de la dรฉcision. Figurant dโun thรฉรขtre รฉlectoral oรน le vote subsiste, tandis que le choix sโopรจre ailleurs.
Ce scรฉnario rรฉaliste magique nโannonce pas une dรฉrive future. Il dรฉcrit une mรฉcanique dรฉjร ร lโลuvre.
๐ ๐๐๐ฃ ๐๐๐ฃ๐๐ก ๐พ๐๐จ๐จ๐ฬ๐ช๐จ / Le Relief


