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Si vous nโaviez jamais croisรฉ, hors dโHaรฏti, un ancien diplomate qui y fut accrรฉditรฉ, il serait difficile de mesurer lโรฉcart entre deux rรฉgimes de conduite. Ailleurs, il se conforme aux rรจgles ordinaires de sa fonction, avec retenue, prudence lexicale et reconnaissance explicite de la souverainetรฉ de lโรtat hรดte. ร Port-au-Prince, ces garde-fous disparaissent. Il est Blanc. Le Code Noir est sa seule Convention. De ce fait, sa parole prend un ton directif, son attitude glisse vers la prescription, ses interventions se banalisent. Cette diffรฉrence de posture donne ร voir une reprรฉsentation persistante dโHaรฏti comme espace dโexception historique, un territoire oรน la suspension des normes continuerait de sโautoriser plus de deux siรจcles aprรจs 1804.
Lโingรฉrence รฉtrangรจre en Haรฏti ne procรจde pas dโun incident isolรฉ ni dโune contingence passagรจre. Elle sโinscrit dans des pratiques stabilisรฉes, reconduites, intรฉgrรฉes au fonctionnement quotidien des relations internationales autour du pays. Des ambassades assument un rรดle qui dรฉborde largement lโobservation ou la mรฉdiation, qualifiant publiquement les acteurs politiques, arbitrant de maniรจre implicite les conflits internes, orientant les choix รฉconomiques, validant ou disqualifiant des trajectoires institutionnelles. Ce dรฉplacement continu de lโautoritรฉ provoque un affaiblissement durable de la capacitรฉ รฉtatique ร produire ses propres dรฉcisions et installe une dรฉpendance politique qui alimente la fragilitรฉ structurelle au lieu de la contenir.
Cette mรฉcanique sโarticule ร un rapport racial rarement formulรฉ, toujours opรฉrant. En Haรฏti, nombre de diplomates cessent dโรชtre de simples reprรฉsentants รฉtatiques pour incarner une position de surplomb, de colon. Ils sโautorisent une lรฉgitimitรฉ supposรฉe supรฉrieure, se permettant dโexpliquer, de corriger, de rappeler ร lโordre. Lโensemble de ces attitudes donne ร voir une vision hiรฉrarchisรฉe du monde, dans laquelle un pays noir, nรฉ dโune insurrection servile, continue dโรชtre perรงu comme un corps politique incomplet.
Les consรฉquences sur la stabilitรฉ sont immรฉdiates. En dรฉplaรงant le lieu effectif de la dรฉcision hors des institutions nationales, ces pratiques incitent les acteurs locaux ร contourner lโespace public haรฏtien pour chercher ailleurs lโaval dรฉcisif. La politique cesse alors dโรชtre un rapport structurรฉ entre gouvernants et gouvernรฉs pour se transformer en nรฉgociation pรฉriphรฉrique, menรฉe dans les salons diplomatiques. Cette configuration engendre une fragmentation de la responsabilitรฉ, un affaissement de lโautoritรฉ publique et un terrain propice ร la prolifรฉration de la violence dans lโintervalle laissรฉ vacant par un cadre dรฉcisionnel reconnu.
Le dรฉveloppement subit une contrainte analogue. Aucun projet รฉconomique cohรฉrent ne peut sโancrer durablement dans un environnement oรน les prioritรฉs publiques demeurent constamment rรฉvisables sous pression extรฉrieure. Lโaide internationale, souvent prรฉsentรฉe comme justification morale de ces interventions, fonctionne surtout comme un dispositif de conditionnalitรฉ politique, liant les choix collectifs ร des agendas รฉlaborรฉs hors du pays.
Il est temps que les Haรฏtiens fassent comprendre aux partenaires รฉtrangers que le temps du Code noir est rรฉvolu. Haรฏti nโest pas une zone sous tutelle morale, encore moins un espace dโexpรฉrimentation diplomatique. Les ambassades nโy tiennent aucun mandat de commandement, aucun droit de correction, aucune autoritรฉ de substitution. Quiconque sโy adresse encore comme ร une sociรฉtรฉ mineure persiste dans une lecture raciale de lโhistoire et sโexpose, dรฉsormais, ร une contestation politique assumรฉe. Le respect de la souverainetรฉ haรฏtienne nโest pas une faveur ร accorder, mais une obligation ร observer. Et gare ร ceux qui assument et revendiquent leur droit dโรชtre esclaves.
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