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𝐌𝐀𝐃𝐔𝐑𝐎 𝟏, 𝐓𝐑𝐔𝐌𝐏 𝟎 𝑃𝑎𝑟 𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑉𝑒𝑛𝑒𝑙 𝐶𝑎𝑠𝑠𝑒𝑢𝑠

Plus d’un s’interroge sur l’attitude du président vénézuélien Nicolás Maduro, menotté par les autorités américaines, affichant une décontraction déroutante, allant jusqu’à projeter une légèreté presque théâtrale. La remarque est légitime. Elle appelle toutefois une lecture qui dépasse le registre psychologique pour s’inscrire dans celui, autrement plus décisif, de la stratégie politique et symbolique.

Il me semble qu’à la seconde même de son enlèvement, exécuté hors de tout cadre rigoureux du droit international, Maduro a saisi la nature exacte de ce qui se jouait. Le président américain Donald Trump venait, paradoxalement, de lui offrir ce que ni la rhétorique interne, ni les dispositifs institutionnels, ni même l’appareil idéologique chaviste ne lui avaient jamais permis d’atteindre pleinement : une stature historique. Une reconfiguration politique. Une inscription immédiate dans l’imaginaire national du Venezuela, presque à l’égal de Hugo Chávez.

Ce que Maduro n’aurait jamais pu obtenir seul, tant son profil manque du charisme fondateur, de la densité doctrinale et de la culture politique de son prédécesseur, lui a été conféré par l’initiative même de son adversaire. L’histoire politique regorge de ces séquences où la violence exercée à l’extérieur fabrique, malgré elle, une légitimité intérieure.

Cette logique avait pourtant été formulée depuis des siècles. Sun Tzu rappelait qu’une bataille n’est véritablement remportée que lorsque l’adhésion de l’opinion est acquise. La victoire durable ne procède ni de la contrainte brute ni de l’humiliation spectaculaire, mais de l’acceptation, même tacite, de la cohérence de l’action engagée. Or, l’opération menée le 3 janvier par l’administration Trump se situe à l’exact opposé de ce principe.

Loin de produire un consensus, l’enlèvement de Maduro a suscité une condamnation quasi unanime à l’échelle internationale, y compris dans des cercles habituellement indulgents à l’égard de Washington. Le malaise diplomatique est réel, la gêne perceptible, et le soupçon persistant : celui d’un acte de force dépourvu de fondement juridique solide et de préparation narrative crédible.

Dans ce contexte, le récit longtemps martelé d’un Maduro présenté comme narcotrafiquant peine à convaincre. Répété jusqu’à l’usure, mobilisé comme une justification automatique, il apparaît de plus en plus comme un raccourci discursif destiné à évacuer la complexité géopolitique du dossier vénézuélien. Aux yeux d’une opinion internationale désormais plus attentive, cette accusation fonctionne moins comme une démonstration que comme un alibi.

À mesure que ce narratif se fissure, une autre grille de lecture gagne en lisibilité : celle d’une continuité historique des interventions américaines orientées vers le contrôle des ressources stratégiques. Le Venezuela, disposant de réserves pétrolières parmi les plus importantes au monde, s’inscrit depuis longtemps dans cette géographie des convoitises. Lorsque l’argument moral se fragilise, l’intérêt matériel occupe le premier plan.

C’est précisément à cet endroit que la bascule symbolique s’opère. En une nuit, Nicolás Maduro est passé du statut de chef d’État contesté à celui d’incarnation d’une souveraineté agressée. Non parce qu’il aurait convaincu ses opposants internes, mais parce que l’atteinte extérieure a redessiné les termes du débat. La question n’est plus Maduro, mais le Venezuela. Ce n’est plus un homme qui est ciblé, mais une nation.

En cherchant à affaiblir un pouvoir, Washington a contribué à le sacraliser. En voulant isoler un dirigeant, elle a favorisé une forme de resserrement symbolique. En privilégiant la coercition, elle a perdu la bataille la plus déterminante : celle de la perception et du récit.

« Maduro 1, Trump 0 » n’est ni une provocation ni une ironie facile. C’est, à mon avis, le constat d’un échec stratégique d’envergure. Donald Trump a peut-être consolidé une image de fermeté à usage interne, mais il a cédé sur la scène internationale ce qui conditionne la durée d’une victoire politique : la maîtrise du sens. Maduro, lui, n’a pas triomphé par la force. Il a gagné par l’erreur de l’autre. Et dans l’histoire politique des nations, ces victoires paradoxales, nées d’une brutalité mal calculée, sont souvent celles qui s’inscrivent le plus durablement dans la mémoire collective.


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